Article: Les folies Ziegler – par Hillel Neuer

Le plus surprenant cependant est le rôle qu’a joué Ziegler dans la co-création et la co-direction du prix international Mouammar al-Kadhafi pour les droits de l’homme qu’il a lui-même d’ailleurs gagné.

Ziegler annonça la création du prix en avril 1989, quelques mois seulement après l’attentat de Lockerbie, l’attaque du vol 103 de la Pan Am par des agents secrets libyens. Il a été dit que cela était une tentative cousue de fil blanc pour changer l’image internationale de la Libye comme pays terroriste. Le journal anglais The Independent écrit par exemple :

Jusqu’à maintenant, le premier prix de la paix internationale avait été financé par une société qui fabrique des explosifs. Si l’on en croit des rapports en provenance de Genève, le prochain prix dans ce domaine sera sponsorisé par un régime que se spécialise dans leur distribution. D’après Jean Ziegler, le député socialiste qui est la réponse de la Suisse au défunt Abbie Hoffman, le prix de $250,000 portera le nom du Colonel Mouammar al-Kadhafi qui a fourni un fond d’une valeur de 10 million de dollars….M. Ziegler a dit que le prix était conçu comme le « contre-prix Nobel du tiers monde ». Le cassepieds suisse est la personne parfaite pour représenter cette fondation, étant un tiermondiste professionnel depuis longtemps ».

Le magazine suisse, L’Hebdo consacra un dossier au prix sous le titre « Le Nobel de Kadhafi : les autorités libyennes créent un nouveau prix pour les droits de l’homme – Jean Ziegler met la main à la pâte ». L’article qui inclue une photo de Ziegler rapporte que :

Selon Jean Ziegler : « Le prix Nobel est une humiliation permanente pour le tiers-monde. » Voila qui tombe bien. La Libye tient justement à restaurer son image de marque. Avec les intérêts de 10 millions de dollars – placés dans une banque suisse – elle compte s’offrir un Institut international des droits de l’homme (prévu à Genève) et deux « contre-Prix Nobel ». A la mi-avril, Jean Ziegler et une dizaine d’ « intellectuels et de combattants progressistes » se sont donc retrouvés à Tripoli pour mettre le projet sur les rails.

A en juger par ces articles, Ziegler n’était pas seulement un des membres du jury fondateur du prix mais surtout son porte-parole officieux.28 Les utilisations du prix à but de propagande sont nombreuses et variées. Tout d’abord, la Libye cite l’existence même du prix Kadhafi comme preuve de son engagement pour les droits de l’homme.

Par ailleurs, au moment où l’Occident essaya de contenir le régime de Kadhafi, le gouvernement libyen utilisa l’argent du prix pour financer des organisations européennes qui le soutenaient. Par exemple, le Centre Europe Tiers Monde (CETIM), une organisation non-gouvernementale antioccidentale qui s’oppose aux sanctions économiques contre la Libye a reçu le prix Kadhafi – ainsi que sa substantielle rémunération – en 2002. Incidemment ou pas, le CETIM a son siège à Genève, la ville natale de Ziegler, et a publié des travaux, faisant son éloge pour avoir tenu tête aux Etats-Unis durant son mandat de Rapporteur Spécial.

D’autre part, et de manière plus honteuse encore, la Libye a utilisé le prix pour galvaniser et réunir des adversaires majeurs des Etats-Unis. Entre autres, le prix a été décerné à Fidel Castro, Hugo Chavez et aux « enfants en Iraq et aux victimes de l’hégémonie et des embargos ». Enfin, le prix a récompensé des racistes et antisémites de premier plan.

Par exemple, Louis Farrakhan, le leader de la Nation de l’Islam, connu pour ses théories sur la suprématie noire et pour ses propos antisémites fréquents, a reçu le prix Kadhafi en 1996. L’ancien premier ministre de Malaisie, Mahatir Bin Mouhammad – qui, à une réunion des nations de l’Islam en octobre 2003, déclara que les juifs étaient responsables de tous les maux de la terre – reçu le prix en 2005.

D’autres lauréats du prix incluent les « enfants jeteurs de pierre de la Palestine occupée. »31 En 2002, le prix fut décerné à treize « intellectuels et personnalités littéraires » pour leur « pensée et créativité ». Parmi eux, Garaudy, le négationniste français.33 Ziegler lui-même fit partie des lauréats. A ce moment-là, le prix Kadhafi valait $750,000 et le journal suisse Le Temps rapporte que Ziegler aurait touché 100,000 francs suisse.

UNHRC official Jean Ziegler receives the Muammar Qaddafi Human Rights Prize, Sept. 29, 2002, in a ceremony in Tripoli, Libya. The award money was estimated to be 100,000 Swiss Francs.

Même les medias de la Suisse natale de Ziegler – généralement tellement respectueux envers leur célèbre militant – froncèrent les sourcils. Sous la pression publique, Ziegler annonça – depuis Tripoli où il prétendait se trouver pour quelque mission de l’ONU – qu’il avait refusé le prix « à cause de [ses] responsabilités a l’ONU. »

Le jour suivant, il ajouta, « je n’ai jamais accepté de prix et ne vais pas commencer maintenant. »36 Malgré ces revendications, Ziegler est toujours sur la liste du site internet du prix – ainsi que dans la presse officielle libyenne – comme l’un des lauréats 2002.37 Selon un article paru en décembre 2005 dans le journal suisse Neue Zürcher Zeitung, Ziegler accepta en fait le prix bien qu’il l’ait fait en tant que représentant de son centre de recherche de l’Université de Genève.

Ce centre fut fondé en 1989, l’année durant laquelle Ziegler annonça la subvention de 10 millions de dollars par le dirigeant libyen pour le prix. Quand Ziegler fut nominé pour un poste additionnel à l’ONU en 2006, une coalition internationale d’organisations des droits de l’homme – incluant des victimes cubaines et libyennes de violations des droits de l’homme – envoya une lettre de protestation au gouvernement suisse.

L’appel mentionnait le rôle de Ziegler dans la création du prix Kadhafi comme l’un des nombreux exemples de son soutien à des régimes oppressifs. La réponse de Ziegler fut remarquable : « Le prix Kadhafi » dit-il, « Comment pourrais-je l’avoir créé ? C’est absurde ! »

Article: Les folies Ziegler – par Hillel Neuer

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