PAR DIEGO ARRIA, EX AMBASSADEUR DU VENEZUELA AUPRES DES NATIONS UNIES

Ci-dessus: Discours de l’ambassadeur Diego Arria à l’occasion d’une conférence de presse de UN Watch au siège des Nations Unies, en octobre 2015. 

Par Diego Arria

« Que prévoit de faire Israël avec les Palestiniens ? » a demandé Rafael Ramirez, ambassadeur du Venezuela aux Nations Unies. La question était, à l’évidence, rhétorique.

S’exprimant lors d’une séance officieuse du Conseil de sécurité ce mois-ci, le représentant d’un régime militaire despotique et corrompu – un régime qui a ruiné le Venezuela, pris en otage le système judiciaire pour jeter les dissidents politiques en prison, et compte l’Iran ainsi que la Syrie parmi ses alliés les plus proches – a accablé l’État d’Israël d’une rhétorique antisémite.

Ramirez a ensuite platement demandé si « Israël essayait d’infliger une “Solution finale” aux Palestiniens en Cisjordanie. »

À travers la comparaison obscène entre Israël et les nazis, le délégué vénézuélien s’est livré à l’allégation ultime : accuser les survivants de l’Holocauste d’être devenus les mêmes monstres que ceux qui ont exterminé 6 millions de juifs et des millions d’autres victimes. Même le secrétaire général de l’ONU, Ban Ki-moon, a publiquement rejeté ce parallèle répugnant, tout comme d’autres représentants de l’ONU, dont la France, le Royaume-Uni et les États-Unis.

(Ramirez s’est depuis excusé en privé auprès de l’ambassadeur d’Israël aux Nations Unies, mais doit encore le faire publiquement.)

Les remarques vénézuéliennes, bien entendu, n’étaient destinées qu’à atiser la haine. Ramirez n’a jamais eu l’intension d’aborder le sujet de la séance : la protection des civils touchés par le conflit en cours entre les Palestiniens et Israël.

Pire encore, sans doute, est le fait que ces commentaires ont été exprimés sous les auspices d’un processus destiné à favoriser le dialogue et la compréhension, plutôt qu’à alimenter la haine et la polarisation.

Je le sais, car je suis à l’origine de ce processus, et je suis honoré qu’il porte officiellement le nom de Formule Arria. Sa raison d’être est de permettre aux membres du Conseil de sécurité de discuter officieusement de questions d’une importance cruciale pour la paix et la sécurité internationales.

Depuis son introduction en 1992, au cœur de la guerre génocidaire en Bosnie, alors que j’occupais le poste d’ambassadeur du Venezuela aux Nations Unies, le Formule Arria est devenue un instrument précieux dans la boîte à outils des procédures du Conseil de sécurité.

Jamais a-t-elle été utilisée pour promouvoir la haine raciale et l’antisémitisme, ou du moins, jusqu’à l’arrivée de Ramirez. Sa diatribe était dans la continuité de la politique du défunt dictateur vénézuélien Hugo Chavez, qui expulsa l’ambassadeur israélien de Caracas pendant la guerre de Gaza en 2009, lors d’une retransmission publique nationale, et cracha ces paroles de haine : « Du plus profond de mon âme, je te maudis Israël. Tu es un État criminel et terroriste qui extermine ouvertement les Palestiniens. »

Soyez extrêmement vigilants : toutes les institutions vénézuéliennes, de la cour suprême au Conseil national électoral, ont été détournées par le régime du successeur de Chavez, Nicolas Maduro, afin de donner à son assaut constant contre les droits de l’homme l’apparence d’une légitimité démocratique.

L’acharnement contre Israël comme bouc-émissaire a une fin : il vise à détourner l’attention des Vénézuéliens et du monde de ce qui est un crime en cours.

Le Venezuela fut l’un des premiers pays à reconnaître l’État d’Israël, et nous avons eu la chance d’enrichir notre pays grâce au talent et au travail de milliers de juifs de toute la planète.

Alors que j’étais ambassadeur du Venezuela aux Nations Unies, nous fîmes partie des premiers États à soutenir la révocation de la tristement célèbre résolution de l’Assemblée générale de l’ONU de 1975, qui assimilait le sionisme à du racisme. Vingt-cinq ans plus tard, mon successeur se comporte comme si ladite résolution était encore à l’ordre du jour.

Au lieu de faire honte à notre peuple avec son comportement lamentable, le régime de Maduro ferait mieux de s’inquiéter de l’ampleur de la crise sans précédent qui affecte le Venezuela.

L’inflation galopante, la plus élevée de la planète, a anéanti les salaires des travailleurs. Les crimes violents échappent à tout contrôle. Le système de santé est dans un triste état. Il y a des pannes d’électricité et de graves pénuries de nourriture et de médicaments. Le peuple, à raison, manifeste dans les rues.

Et le régime de Maduro exploite l’urgence qu’il a créée de manière dangereusement autoritaire.

Le régime a amputé le pouvoir législatif de l’Assemblée nationale. Maduro vient de passer un décret qui lui offre à lui et aux forces armées les pleins pouvoirs, afin de régner sans aucune forme de contrainte, ainsi que de limiter les droits et garanties constitutionnels fondamentaux du peuple. Pour résumer, il a créé sa propre constitution dictatoriale.

Le régime devrait en outre s’inquiéter des procédures judiciaires en cours au tribunal de New York, visant deux membres de la famille présidentielle vénézuélienne sous le coup d’accusations fédérales liées à la drogue. Ces procédures sont certainement les premières d’une longue série.

Le régime devrait plus se concentrer sur sa longue liste de crimes contre le peuple vénézuélien et moins sur les crimes horribles qu’il imagine qu’Israël rêve de commettre.

M. Arria était représentant permanent du Venezuela aux Nations Unies de 1991 à 1993.

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unwatch

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